Le yoga à travers le temps. – Tatiana Burstein

Le yoga à travers le temps.

 

Le yoga d’il y a bien longtemps ne nous dit rien des postures. Dans les ouvrages les plus anciens arrivés jusqu’à nous où le yoga est redéfinit comme une pratique , il est parfois question du corps et de souffle, mais surtout de philosophies et de mystiques venues de divers horizons guidant des manières « d’être au monde ».

Imaginons…

Il y a plus de 2000 ans en Inde, des sages se questionnaient sur le sens de la vie, constatant que les hommes, par leur attachement aux choses impermanentes et au monde matériel se condamnaient inévitablement à souffrir. 

Il y avait ce qu’on appelle le Védisme, ou la religion védique (depuis environ 1300 ans avant notre ère), organisée de façon stricte autour d’une forme « d’agir ». Rituels et sacrifices ordonnaient le monde, tissant un lien étroit entre les hommes et les dieux, pour que « cela tourne rond ».

 Mais à la suite de voyages et d’échanges culturels dans le grand sous-continent indien, des transformations s’opérèrent et l’autorité de cette religion fut remise en question par ces sages un peu rebelles qui étaient en recherche, peut-être parce que quelque chose leur manquait.

Les Upanishads, La Bhagavad-Gita, Les Yoga-Sutras.

Les Upanishads :

La datation des plus anciennes (les Upanishads védiques), est approximative (environ 800 avant notre ère). Les Upanishads, un large corpus de texte divisé en quatre sections principales, sont souvent associées aux prémisses d’une forme de psychologie. Il y est question de sagesse, d’enseignements par la forme du dialogue de maitre à élève, de questionnements sur les correspondances et les relations entre l’homme et le monde… Bien que cet immense corpus qui se développe encore aujourd’hui ne forme pas un ensemble homogène, l’enseignement des Upanishads se rassemble autour d’un axe, d’une colonne vertébrale, d’une ultime connaissance qui se révèle à celui qui atteint la sagesse : le principe immuable a l’origine de tout se loge « dans la grotte du cœur » de chaque individu; c’est l’équivalence  connue sous la forme suivante: Atman (l’âme individuelle) = Brahman (l’Absolu).

Les « Upanishads du yoga » (une section des Upanishads), précisent que ce principe spirituel, cet « Absolu », est enraciné dans le corps physique.

Il y est donc question de l’aspect corporel de la spiritualité, idée qui sera reprise et développée plus tard par des pratiques et des philosophies telles que le Tantra ou le Hatha yoga.

La Bhagavad-Gita :

Extrait de la grande épopée du Mahabharata, ce poème chanté (daté entre -400 et +200) est un ouvrage de référence dans la culture hindoue et pour tous les adeptes du yoga. Il apparaît comme une œuvre de synthèse, regroupant grâce à une nouvelle conception de la spiritualité à la fois les aspirations rebelles de certains ascètes et celles des hommes qui, dans une forme de continuité de la tradition védique, souhaitaient conserver leur rôle dans la société.

La Bhakti, ou le « yoga de la bhakti », telle qu’elle apparaît dans la Bhagavad-Gita, permettrait à chacun de trouver la façon la plus adéquate « d’être au monde » : Agir selon son devoir, sa classe sociale et renoncer au fruit de ses actions par amour et dévotion pour « Dieu ». Un Dieu qui aimant en retour ses dévots, leur promet la libération du cycle des réincarnations.

Les Yoga-Sutras de Patanjali :

On ne sait rien de l’auteur Patanjali et il semblerait que cet ouvrage aussi riche qu’énigmatique fut rédigé par plusieurs personnages et revisité au cours du temps. Daté entre -400 et +400, ce sont 195 aphorismes qui nous proviennent d’une tradition d’ascètes ayant renoncé à une vie en société organisée selon un système de classes. Dans une dynamique d’un « non à la vie », ils se seraient consacrés à étudier le fonctionnement du mental afin d’en maitriser tous les mécanismes et de s’en émanciper, rejoignant ainsi des états modifiés de conscience : les « Samadhis », terme traduit par « enstase » selon l’indianiste Mircea Eliade.

Malgré la diversité des métaphysiques et conceptions du monde à l’origine des pratiques évoquées dans les Upanishads, la Bhagavad-Gita, les Yoga-Sutras, ces divers chemins (ou yogas) font signe vers un même horizon (et donc une même croyance) :  La libération du cycle des réincarnations.

Les yogas : des pratiques en mouvement.

Les traditions du Tantra :

A partir du 5ème siècle de notre ère, les traditions tantriques apparaissent dans le paysage culturel de l’Inde, non pas comme une religion ou encore une secte, mais comme un ensemble de doctrines et de pratiques diversifiées. Le monde est compris comme l’œuvre divine dans lequel l’homme est pleinement intégré et où le « Désir » est l’énergie créatrice originelle. La pratique du yoga réintègre le corps avec un regard particulier sur ce dernier et une vision originale de sa cartographie: il devient le lieu sacré de l’union au « Divin ».

Le Hatha yoga et le renforcement du corps :

Le Hatha yoga ou «  yoga de l’effort », était destiné aux jeunes hommes, aux guerriers. Les postures (asanas), les techniques de contrôle et de rétention du souffle (pranayama), étaient des outils de renforcement pour le corps comme pour le mental.

La pratique des postures se développe à partir du 11ème siècle de notre ère.

La Hatha Yoga Pradipika, ouvrage de référence en la matière écrite au 15ème siècle, décrit 15 postures. On y retrouve des techniques de pranayama, des rituels de purification pour le corps…

La naissance d’un yoga moderne :

C’est par les échanges et les interactions entre l’Inde et l’occident qu’apparaissent des formes nouvelles de pratiques. 

Au début du 20ème siècle, le Hatha yoga rencontre la gymnastique suédoise et différents arts martiaux. Le rythme et les séquences viennent s’intégrer aux pratiques posturales. Le yoga se renouvelle et son précurseur, Tirumalai Krishnamacharya, est aujourd’hui encore reconnu comme le père fondateur du « yoga moderne ».

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